Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/36

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de la terreur, je me sentis enfin éveillé à moitié. Et mon rêve n’était pas tout à fait un rêve. Maintenant, au moins, j’étais en possession de mes sens. Les pattes de quelque énorme et véritable monstre s’appuyaient lourdement sur ma poitrine, — sa chaude haleine soufflait dans mon oreille, — et ses crocs blancs et sinistres brillaient sur moi à travers l’obscurité.

Quand, pour sauver mille fois ma vie, je n’aurais eu qu’à remuer un membre ou qu’à prononcer une syllabe, je n’aurais pu ni bouger ni parler. La bête, quelle qu’elle fût, gardait toujours sa position, sans tenter aucune attaque immédiate, et moi je restais couché au-dessous d’elle dans un état complet d’impuissance, que je croyais tout proche de la mort. Je sentais que mes facultés physiques et spirituelles m’abandonnaient rapidement, — en un mot, que je me mourais, et que je me mourais de pure terreur. Ma cervelle flottait, — la mortelle nausée du vertige m’envahissait, — mes yeux me trahissaient, et les globes étincelants dardés sur moi semblaient eux-mêmes s’obscurcir. Faisant un suprême et violent effort, je lançai enfin vers Dieu une faible prière, et je me résignai à mourir. Le son de ma voix sembla réveiller toute la furie latente de l’animal ; il se précipita tout de son long sur mon corps. Mais quelle fut ma stupéfaction quand, poussant un long et sourd gémissement, il commença à lécher mon visage et mes mains avec la plus grande pétulance et les plus extravagantes démonstrations d’affection et de joie ! J’étais comme étourdi, perdu d’étonnement, — mais je ne pouvais pas avoir oublié le geignement particulier de Tigre, mon terre-neuve, et je connais-