Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/88

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provision d’eau. Le brick croisait toujours pour rencontrer le navire parti du cap Vert, et il y avait maintenant une voile en vue qu’on croyait être le navire en question. Comme les événements des huit jours suivants furent de peu d’importance, et n’ont pas de rapport direct avec les principaux incidents de mon récit, je vais les jeter ici sous forme de journal, parce que je ne veux cependant pas les omettre entièrement.

3 juillet. — Auguste me fournit trois couvertures, avec lesquelles je m’arrangeai un lit passable dans ma cachette. Personne ne descendit de la journée, excepté mon camarade. Tigre s’installa dans le cadre, juste à côté de l’ouverture, et dormit pesamment, comme s’il n’était pas encore tout à fait remis des atteintes de sa maladie. Vers le soir, une brise soudaine surprit le brick, avant qu’on eût eu le temps de serrer la toile, et le fit presque capoter. Cependant cette bouffée se calma immédiatement, et nous n’attrapâmes aucune avarie, sauf notre petit hunier qui se déchira par le milieu.

Dirk Peters traita Auguste tout le jour avec une grande bonté, et entra avec lui dans une longue conversation relative à l’océan Pacifique et aux îles qu’il avait visitées dans ces parages. Il lui demanda s’il ne lui plairait pas d’entreprendre, avec l’équipage révolté, un voyage de plaisir et d’exploration dans ces régions, et lui dit que malheureusement les hommes inclinaient peu à peu vers les idées du second. Auguste jugea fort à propos de répondre qu’il serait très-heureux de prendre part à l’expédition, qu’il n’y avait d’ailleurs rien de mieux à faire, et que tout était préférable à la vie de pirate.