Page:Eekhoud - Teniers, 1926.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Les campagnes des environs de Perck et d’Elewyt sont aussi harmonieuses, opulentes et suggestives sous ses pinceaux que sous ceux de Rubens. Elles rivalisent de poésie et de ferveur patriales. Et l’on ne conçoit pas qu’un John Ruskin, d’ordinaire si judicieux, si clairvoyant, ait confondu dans une même réprobation, Teniers avec tous les autres beaux paysagistes, et cela à quelque école qu’ils appartiennent. Taine rappelle que le célèbre critique formulait un jour ce vœu féroce où l’esthéticien subtil rejoignait le pire vandale : « Le meilleur patronage qu’un monarque pourrait exercer sur les arts serait de faire collection des paysages de toutes les écoles dans une galerie et d’y mettre le feu. » À quoi Taine riposte spirituellement : « Là dessus, bien des gens souhaiteront que M. Ruskin, sous aucun prétexte ne soit nommé roi. »

Pour en revenir aux figures villageoises traitées par le maître, nous n’aurons garde d’oublier ses dessins, parmi lesquels s’imposent des perles telles que ce Repas des Paysans que possède le cabinet des estampes du Musée de Berlin, et qui est bien une de ses productions les plus coquettes et les plus achevées. Elle pétille de naturel, d’entrain et de belle humeur,