Page:Elder - Le Peuple de la mer.djvu/60

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Le Laissez-les dire tenait la tête, au loin, reconnaissable à sa haute voilure bleue, et Perchais, à la barre, se retournait par intervalle vers la pyramide blanche qui croissait régulièrement derrière lui sur l’eau ensoleillée.

Au louvoyage, les sardiniers portés par le jusant s’engageaient dans la Grise. Fraîche, élastique aux voiles, la brise sentait fort la salure du large. Sur la jetée, trait noir dans la côte blonde, l’œil perçant de Coèt distinguait encore un point, sa femme sûrement qui l’accompagnait du regard ; et il eut de l’orgueil de sa barque, de la Marie-Jeanne et de lui-même. Le point s’effaça, la digue s’éteignit. Il n’y eut plus que la bosse confuse de l’Île embrumée et devant lui, la mer infinie où les petits bateaux se perdaient parmi les vagues.

À dix milles dans l’ouest, le Laissez-les dire rencontra la sardine et mit en pêche. L’Aimable Clara arrivait à son tour, puis tout aussitôt ce fut le Dépit des Envieux qui avait semé les concurrents en trois heures de route.

À son bord, Perchais jura un « nom de Dieu » formidable en houlant du torse et bottant son pont. Double Nerf « n’en revenait pas » de voir Coët derrière lui, tandis que la voilure de son frère, marquée de l’ancre pilote, se perdait au loin parmi les traînards.

Mais bientôt le ciel se chargea de nouveau, et