Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/169

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bon sens que vous, jettent n’importe quelles sommes par la fenêtre, et encore en faisant des marchés de dupes.

— Eh bien, vous pourrez vous payer un beau cheval de chasse à présent. Quatre-vingts livres suffisent pour cela, j’imagine, et il vous restera vingt livres pour vous tirer de quelque petit embarras, dit M. Featherstone en ricanant.

— Vous êtes bien bon, monsieur, dit Fred, sentant vivement le contraste qu’il y avait entre son langage et ses sentiments.

— Eh ! je suis un oncle un peu meilleur que votre bel oncle Bulstrode. Vous ne retirerez pas grand’chose de ses spéculations à ce que je crois. J’entends dire qu’il tient votre père dans un filet assez serré, eh ?

— Mon père ne me parle jamais de ses affaires, monsieur.

— Eh bien, il fait en cela preuve de bon sens. Mais d’autres les ont devinées sans qu’il leur en parle. Il n’aura jamais grand’chose à vous laisser. Qu’on le fasse maire de Middlemarch tant qu’on voudra ; mais vous avez beau être le fils aîné, s’il meurt sans testament, vous n’aurez pas grand’chose.

Fred pensa que M. Featherstone n’avait jamais été aussi désagréable. Il est vrai qu’il ne lui avait jamais donné autant d’argent à la fois.

— Détruirai-je cette lettre de Bulstrode, monsieur ? demanda Fred se levant avec la lettre comme pour la jeter au feu.

— Eh ! je n’en ai que faire. Elle ne vaut pas un sou pour moi.

Fred jeta la lettre au feu. Il avait hâte de sortir de cette chambre, mais il était un peu honteux vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis de son oncle de se sauver tout de suite après avoir empoché l’argent. À cet instant, l’intendant des fermes arriva pour parler affaires à son maître, et Fred, à son