Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/183

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cette période de sa carrière, loyalement réclamer l’approbation de tous ; il ne voulait pas faire comme ces philanthropes qui vivent du commerce des pickles empoisonnés, en se proclamant les adversaires de la falsification des liquides, ou qui, intéressés dans des maisons de jeu, trouvent dans cette source de revenus le loisir de se faire les avocats de la moralité publique. Il projetait de commencer, dans son domaine, par quelques réformes particulières, à sa portée, et constituant un problème moins difficile que l’établissement d’une nouvelle conception anatomique. Il voulait d’abord se conformer scrupuleusement à une loi récente, et se contenter de prescrire les drogues sans les distribuer lui-même et sans se mettre de moitié avec les pharmaciens. C’était une véritable innovation pour un praticien de province, innovation que ne manqueraient pas de ressentir, comme un blâme et une offense, ses confrères en médecine. Mais Lydgate prétendait en outre introduire des innovations dans le traitement des maladies ; il était assez éclairé pour voir qu’il ne pourrait pratiquer son art honnêtement et consciencieusement qu’en se débarrassant d’abord de toutes les attaches et de tous les systèmes de la vieille routine.

Bon médecin de Middlemarch avant tout, les observations et les minutieuses déductions de son travail quotidien le maintiendraient dans la voie des recherches approfondies. Plus il s’intéressait à des questions spéciales, telles que la nature de la fièvre ou des fièvres, plus il sentait vivement la nécessité de cette science fondamentale de la structure humaine, illuminée au commencement du siècle par la courte et glorieuse carrière de Bichat, ce grand Français, mort à trente et un ans qui avait laissé après lui, comme un autre Alexandre, un royaume assez vaste pour être partagé entre un grand nombre d’héritiers.

La conception nouvelle trouvée et développée par Bichat devait nécessairement agir sur les questions médicales,