Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/309

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boussures du mortier, à se voir baigné de vapeur par les machines, à rentrer chez lui sali de la douée souillure des bois et des champs.

Chrétien parfaitement orthodoxe à ses propres yeux, fort capable de discuter la question de la grâce si vous l’aviez entrepris sur ce sujet, je crois pourtant qu’il faisait ses divinités virtuelles du travail correct, des bons plans bien pratiques, du fidèle achèvement de toutes ses entreprises ; son prince des ténèbres, c’était l’ouvrier paresseux. Mais Caleb n’était pas un esprit sceptique, et le monde lui semblait chose assez merveilleuse pour être prêt à admettre autant de systèmes, autant de firmaments que l’on voudrait, à condition qu’ils ne fussent pas trop incompatibles avec le drainage des terres le mieux entendu, les constructions les plus solides, un arpentage exact, des sondages rigoureux dans les mines de charbon.

En résumé une âme portée au respect s’alliait chez lui à une forte intelligence pratique. Mais il s’entendait mal à gérer les finances ; s’il connaissait bien les valeurs différentes des choses, son imagination manquait de sagacité pour calculer les résultats financiers, sous forme de perte ou de bénéfice ; après avoir une fois, à ses dépens, fait l’expérience de cette incapacité, il avait résolu de renoncer à toute la partie de ses bien aimées affaires qui ne pouvait se passer de cette aptitude. Il s’était consacré aux nombreux genres de travaux qu’il pouvait exécuter sans avoir de capitaux à manier ; et, dans sa province, il était un de ces hommes précieux que tout le monde eût voulu employer, parce qu’il faisait bien tout ce qui lui était confié, en se faisant très peu payer, souvent même pas du tout. Il n’était donc pas étonnant que les Garth fussent pauvres et vécussent petitement. Mais ils ne s’en inquiétaient pas.