Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/323

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ennemi appelé « l’infection », et était en conséquence fortement échauffé, tressaillit en entendant venir Wrench et passa au vestibule pour lui faire connaître sa façon de penser.

— Je vous dirai, Wrench, que ceci passe la plaisanterie, commença le maire qui, ayant eu dernièrement à réprimander en public des coupables, savait donner à sa personne une ampleur d’importance. Laisser la fièvre s’établir ainsi sans vous en prévenir, dans une maison !… il y a des choses pour lesquelles on ne va pas en justice et on devrait y aller ! Voilà mon opinion.

Mais ces reproches peu judicieux étaient encore plus faciles à supporter que le sentiment de recevoir une leçon d’un autre et surtout d’un autre plus jeune, comme Lydgate qui le considérait apparemment comme ayant besoin d’en recevoir ; « car dans le fait » (dit plus tard M. Wrench), Lydgate faisait parade de connaissances étrangères et d’excentricités qui ne prendraient pas. Pour le moment, il rentra sa colère, mais il écrivit ensuite pour décliner l’honneur de continuer ses soins dans de telles conditions. C’était sans doute de bons clients que la maison Vincy ; mais, en matière professionnelle, M. Wrench n’était disposé à s’humilier devant personne. Il se dit qu’il y avait beaucoup de chances pour que Lydgate fût peu à peu entraîné à se trouver en faute ; ses tentatives si peu dignes pour discréditer la vente des drogues par ses confrères pourraient bien tourner promptement à son détriment. Il ne se fit pas faute de remarques mordantes sur les allures de Lydgate, allures de charlatan qui cherche à se créer une réputation factice auprès des gens crédules.

C’était là un point où Lydgate se blessait aussi facilement que Wrench. Recueillir les suffrages et les applaudissements des ignorants était non seulement humiliant, mais dangereux et aussi peu enviable que la réputation d’un faiseur