Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/391

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une âme qui ne fait que vous harceler et vous brutaliser est un mérite à laisser aux saints et aux saintes de cette terre ; et Mary n’en était pas une. Elle ne lui avait jamais répondu une parole blessante, elle l’avait soigné fidèlement : c’était le plus qu’elle pouvait faire. Le vieux Featherstone lui-même n’était pas le moins du monde inquiet de son âme et il avait refusé de s’en entretenir avec M. Tucker.

Cette nuit-là, il ne s’était pas fâché une seule fois ; il était pendant les deux premières heures resté parfaitement tranquille, lorsque Mary l’entendit enfin faisant résonner son trousseau de clefs contre la boîte d’étain qu’il gardait toujours dans son lit à côté de lui — Vers trois heures, il lui dit d’une façon étonnamment distincte :

— Missy, venez ici.

Mary obéit et vit qu’il avait déjà sorti la boîte de métal hors des draps, et qu’il en avait choisi la clef. Il ouvrit alors la boîte et, en tirant une autre clef, il regarda fixement Mary avec des yeux qui semblaient avoir repris toute leur intensité d’autrefois :

— Combien y en a-t-il dans la maison ? demanda-t-il.

— Vous voulez parler de vos parents, monsieur, dit Mary accoutumée à la façon de s’exprimer du vieillard.

Il fit un signe d’assentiment, et elle poursuivit :

— M. Jonas Featherstone et le jeune Cranch couchent ici.

— Oh ! oh !… Ils sont collés ici, hein ?… et le reste ? Ils viennent tous les jours, je gage… Salomon, et Jane… et tous les jeunes… Ils viennent, guettant, calculant, et additionnant ?

— Ils ne viennent pas tous les jours. M. Salomon et mistress Waule sont ici tous les jours, et les autres de temps en temps.

Le vieillard l’écouta avec une grimace, puis, reprenant son expression ordinaire :