Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/407

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dominait tout ; elle laissait place, pourtant, à des sentiments plus complexes, à des méfiances plus vagues, comme celle qu’on nourrissait à l’égard de Mary Garth. Salomon trouvait que Jonas ne méritait absolument rien. Jane, la sœur aînée, maintenait que les enfants de Marthe ne devaient pas s’attendre à recevoir autant que les jeunes Waule. Les plus proches parents étaient encore bien mieux convaincus de l’absurdité des espérances conçues par les cousins et petits-cousins, et employaient leur science arithmétique à calculer le gros chiffre auquel pourrait bien se monter l’ensemble désagréable des petits legs. Deux vieux cousins de Brassing, un petit-cousin mercier à Middlemarch, M. Trumbull lui-même, venus pour assister à la lecture du testament, n’étaient pas sans nourrir d’agréables illusions.

Mais, dans la matinée, toutes les conjectures se trouvèrent troublées dans leur cours naturel par la présence d’un étrange personnage en deuil, tombé au milieu de tous comme de la lune. C’était un homme de trente à trente-deux ans, à la figure duquel les yeux proéminents, la bouche tombante aux lèvres minces, les cheveux lisses rejetés en arrière et le front fuyant imprimaient un caractère absolument batracien, qui avait frappé mistress Cadwallader. C’était évidemment un nouveau légataire ; pourquoi eût-il été convié sans cela à faire partie du cortège mortuaire ? Il y avait de ce côté de nouvelles possibilités, éveillant de nouvelles incertitudes et coupant court à toutes les réflexions faites dans les voitures de deuil.

Personne jusque-là n’avait vu cet étranger suspect, sauf Mary Garth, et tout ce qu’elle en savait, c’est qu’il était venu deux fois à Stone-Court, à l’époque où M. Featherstone descendait encore au rez-de-chaussée, et qu’il était resté seul avec lui pendant plusieurs heures. Elle avait eu l’occasion de le dire à son père, et peut-être les yeux de Caleb étaient-ils les seuls, avec ceux du notaire, qui regardas-