Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/412

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On fit d’abord lecture des petits legs ; mais la pensée d’un autre testament, auquel le pauvre Pierre avait sans doute mieux réfléchi, ne suffit pas pour apaiser le dégoût et l’indignation croissante de l’assemblée. On aime à être bien traité en tout temps, passé, présent et avenir. Et voilà que Featherstone avait été capable, cinq ans auparavant, de ne laisser que deux cents livres à chacun de ses propres frères, sœurs et nièces ; point de mention des Garth ; mistress Vincy et Rosemonde devaient chacune en avoir cent. À M. Trumbull revenait la canne à pomme d’or, plus cinquante livres. Les autres cousins germains et petits-cousins présents devaient avoir chacun une part d’héritage aussi belle, autant dire rien qu’un tel legs pour un homme, comme le fit observer l’un d’eux. Venait enfin un plus grand nombre de ces petites dotations injurieuses en faveur de personnes absentes, relations de famille problématiques et, comme tout le faisait craindre, de basse extraction. Tout rapidement calculé, la somme léguée se montait à trois mille livres. Où Pierre voulait-il donc qu’allât le reste de sa fortune, et ses propriétés ? Qu’est-ce qui était révoqué et qu’est-ce qui ne l’était pas ? La révocation serait-elle pour le mieux ou pour le pire ? Les hommes furent assez forts pour se contenir et garder leur calme au milieu de cette incertitude confuse, les uns laissant pendre leur lèvre inférieure, les autres la relevant en cœur selon l’habitude de leurs muscles. Mais Jane et Marthe faiblirent sous ce conflit d’émotions et se mirent à pleurer, la pauvre mistress Cranch émue d’une part par la joie de recevoir n’importe quoi sans avoir à travailler pour le gagner, d’autre part émue aussi par la compréhension vague que son lot était chétif. Ce qui dominait, au contraire, chez mistress Waule, c’était le sentiment d’être « une propre sœur » et de recevoir très peu de chose, tandis que quelque autre devait recevoir beaucoup.

L’idée dominante maintenant, c’était que ce « beaucoup »