Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/57

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« Mon cher monsieur Casaubon.

» Je vous suis bien reconnaissante de m’aimer et de me croire digne d’être votre femme. Je ne saurais aspirer à un bonheur plus parfait que celui qui ne fera qu’un avec le vôtre. Si j’en disais plus, ce ne serait jamais que la même chose répétée en d’autres termes, car je ne puis m’attacher à aucune autre pensée qu’à celle de rester, durant toute ma vie, votre dévouée,

» Dorothée Brooke ».


Plus tard, dans la soirée, elle suivit son oncle dans la bibliothèque pour lui remettre sa lettre, afin qu’il la fît partir le lendemain matin. Il en fut surpris, et demeura quelques instants silencieux, remuant de côté et d’autre divers objets sur son bureau ; puis il vint s’appuyer le dos à la cheminée, les lunettes sur le nez, et regardant l’adresse de la lettre.

— Y avez-vous réfléchi, ma chérie ? dit-il enfin.

— Il n’était pas nécessaire d’y réfléchir longtemps, mon oncle. Je ne sais rien qui puisse me faire hésiter. Je ne pourrais changer d’avis que devant quelque chose de grave et de tout à fait nouveau pour moi.

— Ah !… Ainsi vous l’avez accepté ? Chettam n’a donc pas de chance ? Chettam vous a-t-il offensée, dites-moi ? Qu’est-ce donc que vous n’aimez pas en lui ?

— Il n’y a rien en lui que je puisse aimer, répondit Dorothée vivement.

M. Brooke fit en arrière un brusque mouvement de tête et d’épaules, comme s’il venait de recevoir un léger projectile. Dorothée eut un remords de ce qu’elle venait de dire et elle ajouta :

— J’entends, à le considérer comme mari. Il est très