Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/79

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rendît bien compte, la pensée qui le dominait, c’est que Célia serait là, et il se promettait de faire plus attention à elle qu’il n’avait fait encore.

Nous tous mortels, hommes et femmes, nous dévorons au dedans de nous plus d’un désappointement entre l’heure du déjeuner et celle du dîner ; nous retenons nos larmes, nos lèvres pâlissent, et aux questions des autres nous répondons : « Ce n’est rien ! » L’orgueil nous aide et l’orgueil n’est pas une mauvaise chose quand il nous force à cacher nos blessures au lieu de blesser les autres.



CHAPITRE VII


M. Casaubon, comme on le pense bien, passa une grande partie de son temps à la Grange durant les semaines suivantes ; interrompu dans son grand travail (la Clef de toutes les mythologies) par la cour assidue qu’il faisait à sa fiancée, il aspirait d’autant plus à l’heureux événement qui y mettrait fin. Mais il s’était soumis de propos délibéré à cette interruption dans son œuvre, ayant décidé que le temps était venu d’embellir sa vie des grâces d’une société féminine, d’éclairer les brouillards que la fatigue répandait jusque sur ses heures de loisir par les caprices de la fantaisie d’une femme, et enfin d’assurer à sa vieillesse la consolation de doux soins féminins. Aussi résolut-il de s’abandonner au courant du sentiment et il fut peut-être étonné de voir quel ruisseau peu profond c’était que ce courant. Ainsi que dans des régions arides le baptême par immersion ne peut être accompli que symboliquement, de même M. Casaubon éprouva qu’une légère aspersion était tout ce que son courant lui permettait, et il en conclut que les poètes avaient