Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/8

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


On a dit quelquefois que ces vies manquées tenaient à ce qu’il y a de vague et de mal défini dans la nature des femmes, telles que la suprême Puissance les a formées.

Toujours est-il que ce qu’il y a en elles de vague et de mal défini persiste, et les limites, dans lesquelles leurs destinées varient, sont en réalité bien plus étendues que personne ne l’imaginerait, à voir l’uniformité de leurs coiffures et de leurs histoires d’amour favorites, en prose et en vers. De loin en loin, paraît un jeune cygne qu’on élève difficilement avec les petits canards dans la mare stagnante, et qui ne trouve jamais le courant d’eau vive et la compagnie des palmipèdes de son espèce. De loin en loin, il vient au monde une sainte Thérèse qui ne fonde rien du tout : c’est en vain que son tendre cœur bat d’amour et aspire en sanglotant à une beauté morale qu’elle n’atteint pas. Ses efforts s’échappent en tremblant et, au lieu de se concentrer dans quelque œuvre longtemps reconnaissable, se perdent au milieu des obstacles.