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AU BONHEUR DES DAMES.

levons guère sur les objets que vingt pour cent de gain, c’est donc un bénéfice de quatre pour cent au plus ; seulement, cela finira par faire des millions, lorsqu’on opérera sur des quantités de marchandises considérables et sans cesse renouvelées… Vous suivez, n’est-ce pas ? rien de plus clair.

Le baron hocha de nouveau la tête. Lui, qui avait accueilli les combinaisons les plus hardies, et dont on citait encore les témérités, lors des premiers essais de l’éclairage au gaz, restait inquiet et têtu.

— J’entends bien, répondit-il. Vous vendez bon marché pour vendre beaucoup, et vous vendez beaucoup pour vendre bon marché… Seulement, il faut vendre, et j’en reviens à ma question : à qui vendrez-vous ? comment espérez-vous entretenir une vente aussi colossale ?

Un éclat brusque de voix, venu du salon, coupa les explications de Mouret. C’était madame Guibal qui aurait préféré les volants de vieil Alençon en tablier seulement.

— Mais, ma chère, disait madame de Boves, le tablier en était couvert aussi. Jamais je n’ai rien vu de plus riche.

— Tiens ! vous me donnez une idée, reprenait madame Desforges. J’ai déjà quelques mètres d’Alençon… Il faut que j’en cherche pour une garniture.

Et les voix tombèrent, ne furent plus qu’un murmure. Des chiffres sonnaient, tout un marchandage fouettait les désirs, ces dames achetaient des dentelles à pleines mains.

— Eh ! dit enfin Mouret, quand il put parler, on vend ce qu’on veut, lorsqu’on sait vendre ! Notre triomphe est là.

Alors, avec sa verve provençale, en phrases chaudes qui évoquaient les images, il montra le nouveau commerce à l’œuvre. Ce fut d’abord la puissance décuplée de l’entassement, toutes les marchandises accumulées sur