Page:Emile Zola - La Terre.djvu/147

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cerises dont il crachait les noyaux, il entra dans les détails. En Beauce, la petite propriété, l’héritage en dessous de vingt hectares, était de quatre-vingts pour cent. Depuis quelque temps, presque tous les journaliers, ceux qui se louaient dans les fermes, achetaient des parcelles, des lots de grands domaines démembrés, qu’ils cultivaient à leur temps perdu. Cela, certes, était excellent, car l’ouvrier se trouvait dès lors attaché à la terre. Et l’on pouvait ajouter, en faveur de la petite propriété, qu’elle faisait des hommes plus dignes, plus fiers, plus instruits. Enfin, elle produisait proportionnellement davantage, et de qualité meilleure, le propriétaire donnant tout son effort. Mais que d’inconvénients d’autre part ! D’abord, cette supériorité était due à un travail excessif, le père, la mère, les enfants se tuant à la tâche. Ensuite, le morcellement, en multipliant les transports, détériorait les chemins, augmentait les frais de production, sans parler du temps perdu. Quant à l’emploi des machines, il paraissait impossible, pour les trop petites parcelles, qui avaient encore le défaut de nécessiter l’assolement triennal, dont la science proscrirait certainement l’usage, car il était illogique de demander deux céréales de suite, l’avoine et le blé. Bref, le morcellement à outrance semblait si bien devenir un danger, qu’après l’avoir favorisé légalement, au lendemain de la Révolution, dans la crainte de la reconstitution des grands domaines, on en était à faciliter les échanges, en les dégrevant.

— Écoutez, continua-t-il, la lutte s’établit et s’aggrave entre la grande propriété et la petite… Les uns, comme moi, sont pour la grande, parce qu’elle paraît aller dans le sens même de la science et du progrès, avec l’emploi de plus en plus large des machines, avec le roulement des gros capitaux… Les autres, au contraire, ne croient qu’à l’effort individuel et préconisent la petite, rêvent de je ne sais quelle culture en raccourci, chacun produisant son fumier lui-même et soignant son quart d’arpent, triant ses semences une à une, leur donnant la terre qu’elles demandent, élevant ensuite chaque plante à