Page:Encyclopédie méthodique - Arts et métiers mécaniques, T05.djvu/474

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

PAP PAP 463

PAPIER. (Art de fabriquer le)

Ce que les diverses nations ont successivement employé pour recevoir & conserver les traits de l'écriture, peut être considéré en général comme une étoffe, dont le tissu étoit ou naturel ou artificiel & dont les végétaux ou les animaux ont fourni la matière première.

En conséquence on peut distinguer deux sortes de papiers; les uns, qui n'étoient que des tissus formés par la nature. & qui ont été conservés dans cet état, malgré les apprêts qu'on leur a donnés pour en rendre l'usage plus commode. Les autres sont des tissus formés par la réunion de parties fibreuses, qui ont été ensuite perfectionnés par la presse & les collages.

Je diviserai ce que je me propose de dire relativement au papier d'après ces vues générales en deux parties. Dans la première, je présenterai les détails historiques relatifs aux différentes sortes de papiers à tissus naturels ou artificiels, qui ont été préparés & employés par les anciens peuples ou qui sont encore actuellement fabriqués & mis en usage dans les contrées étrangères à l'Europe. Dans la seconde, je ferai connoître tous les procédés concernant la fabrication, les apprêts, les différens emplois du papier d'Europe, fait avec des chiffons de chanvre & de lin.

ART DU PAPIER

PREMIÈRE PARTIE

Papiers des anciens ou des contrées étrangères à l'Europe.

Le mot papier vient du grec παπίροσ papyrus nom de cette plante célèbre d'Egypte dont les anciens ont fait un si grand usage pour l'écriture & dont nous donnerons la description par la suite.

Il serait trop long de spécifier ici les différentes matières sur lesquelles les hommes en divers temps & en divers lieux, ont imaginé d'écrire; c'est assez de dire que l'écriture une fois trouvée a été pratiquée sur tout ce qui pouvait la recevoir & la conserver: on l'a mise en usage sur les pierres, les briques, les feuilles, les pellicules, l'écorce extérieure & intérieure, ou liber des arbres; on l'a employée sur des plaques de plomb des tablettes de bois de cire & d'ivoire. Enfin, on inventa le papier Egyptien, le papier de coton, le papier fait avec des débris d'écorce; & dans ces derniers temps. le papier fabriqué avec de vieux linges ou chiffons. Voyez Maffei, histor. diplom. lib I1 bibl. Ital. tom. II. Leonis Ailati. antiq. etrusc. Hug. de scriptura origine. Barthol, dissert de libris legendis.

Dans certains siècles barbares & dans certains lieux on a écrit sur des peaux de poissons sur des boyaux d'animaux sur des écailles de tortues Voyez Mabillon de re diplom lib 1 c'vIIr Fabricii bibl ant c'xx1 &.

Mais comme nous l'avons déja dit ce sont principalement les plantes dont on s est servi pour écrire & c'est de cet usage que sont vertus les différens termes de biblos liber folium filura s htda &.

A Ceylan, on écrivait sur des feuilles de tadipot avant que les Hollandais se fussent rendus maîtres de cette île Le manuscrit brame en langue tulingienne enyoyé à Oxfort du fort saintGeorge est écrit sur les feuilles d'un palmier de Malabar Herman parle d'un autre palmier des montagnes de ce pays là qui porte des feuilles pliées & larges de quelques pieds les habitans aprés avoir enlevé la superficie de la peau écrivent entre les plis de ces feuilles Voyez Knox histoire de Ceylan lib. III. trans. philos. nº 155 & 246. Hort. Ind. Malab. &c.

Aux îles Maldives les habitans écrivent aussi sur les feuilles d'un arbre appelé macaraquean longues de trois pieds & larges d'un demi pied Dans différentes contrées des Indes orientales les feuilles du macsa ou bananier servaient à l'écriture avant que les nations commerçantes de l'Eusope leur eussent montré l'usage du papier.

Ray -hist plant tom II lib xxxII nomme arbres des Indes & de l'Amérique dont les feuilles sont très propres à l'écriture de la substance intérieure de ces feuilles on tire une membrane blanchâtre large & fine comme la pellicule d'un œuf sur laquelle on écrit assez passablement cependant le papier fait par art de différentes fibres rapprochées même le plus grossier est d'un usage beaucoup plus commode que toutes ces feuilles.

Les Siamois par exemple font de l'écorce d'un arbre qu'ils nomment Pliokkloi deux sortes de papier l'un noir l'autre blanc tous deux grossièrement fabriqués mais qu'ils plient en livres à peu près comme on plie les éventails ils écrivent des deux côtés sur ces papiers avec un poinçon de terre grasse.

Les nations qui sont au delà du Gange font leur papier de l'écorce de plusieurs arbres Les autres peuples asiatiques de deçà le Garge excepté les noirs qui habitent le plus au midi le font de vieux chiffons de toile de coton mais saute d'intelligence de méthode & d'instru-