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CONFÉRENCE

SUR LA LUMIÈRE
Lue pour la première fois, par J. H. Bourdon, dans l’Assemblée de l’Académie
Royale de Peinture & de Sculpture, tenue le 9 Février 1669.
MESSIEURS,

Les remarques que je vous ai communiquées & que m’ont fourni les deux admirables tableaux de Carrache & de M. Poussin, dont je m’étois chargé de vous faire le rapport, ne vous auront peut-être pas satisfaits aussi pleinement que je l’aurois desiré, & que la matière le comporte. Vous savez cependant que je n’ambitionne rien tant que de vous être agréable ; & pour vous en donner des preuves plus complettes, je suis résolu, quelques difficultés que j’y envisage, de me frayer une route différente de celle dans laquelle vous m’avez vu marcher jusqu’à présent. Au lieu de choisir, suivant l’usage ordinaire, quelques tableaux du cabinet du Roi, pour sujet de cette Conférence, ce qui m’abrégeroit bien du travail, je vous demanderai la permission de revenir sur mes précédentes observations. J’ai dessein de les étendre, & je sens qu’on le peut. Je ne vous promets pas de vous donner quelque chose de complet, mais je tâcherai du moins, en vous proposant mes idées, de les rendre de quelqu’utilité pour la pratique d’un Art qui embrasse la nature toute entière, & sur lequel on ne peut trop réfléchir.

Si mes deux dernières Conférences vous sont encore présentes à l’esprit, vous devez vous rappeller que les observations qu’elles renferment étoient partagées en six parties, & que ces observations, relatives à l’examen que je faisois de chaque tableau, répondoient à autant de points capitaux de la Peinture : la Lumière, la Composition, le Trait, l’Expression, la Couleur & l’Harmonie. Je ne changerai rien à cette distribution : tous ces points, je compte les reprendre l’un après l’autre, & les discuter séparément, & suivant ce plan, je traiterai de la Lumière dans ce discours.

Ce sera de celle qui émane du Soleil & qui produit le jour ; car pour celle qui, par le secours de la flamme, dissipe l’obscurité, & fait, disparoître les ombres de la nuit, il n’en sera point question. La Lumière dont j’entreprends de


vous parler, change à chaque instant. En passant par différens degrés, elle éprouve diverses modifications, selon que le Soleil darde plus ou moins vivement ses rayons sur les objets qu’il éclaire, & ce sont ces effets que j’ai résolu d’examiner & d’approfondir. Je suivrai la Lumière dans tous ses passages, & je diviserai pour cela le jour en six parties. Je le prendrai au moment que la lumière ne fait que commencer à poindre, qui est ce qu’on appelle l’aube du jour. Je ferai voir ensuite le soleil se levant, & cet Astre, devenu plus brillant, quitter l’horizon, & après être parvenu au milieu de sa course, descendre pour se coucher & disparoître.

La Lumière qui luit dans ces six instans du jour, varie dans ses effets à chacun de ces instans. & à chaque fois, elle prend un caractère particulier & distinctif qu’apperçoit aisément quel qu’un qui apporte à sa contemplation des yeux de Peintre. Si après cela, on veut la considérer dans un esprit philosophique, peut-être trouvera-t-on que ces différents modes de la lumière sont autant d’agens qui influent sur l’ame & qui l’affectent de mouvemens & de desirs divers, à proportion que la lumière accroît ou diminue de force.

Je ne sçai si cette idée vous plaît, mais toute extraordinaire qu’elle puisse vous paroître, loin de la rejetter, je suis tenté de vous exposer ce que les diverses impressions que la Lumière fait sur l’ame, me laissent imaginer. Je vais hasarder de vous en tracer le tableau. La Nature n’est point encore animée, lorsque le jour commence à poindre, & je vois régner de tous côtés un silence profond : ce sera le lot de cette première heure du jour. Une douce joie s’empare des esprits au lever du soleil. L’heure qui vient ensuite appelle les hommes au travail ; bientôt les ardeurs brûlantes du Soleil de midi, en abattant les corps, les invitent à prendre du repos, des bras duquel ils ne sortent que pour se livrer le reste de la journée à des plaisirs tu-