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l’emploient à prendre des notes, sans avoir l’embarras de se procurer de l’encre & des plumes. Ce crayon se fait d’une substance que les naturalistes nomment molybdène, qui est noirâtre & brillante comme du plomb fraîchement coupé, friable, douce au toucher, & en quelque forte savoneuse. M. Valmont de Bomare dit que pour faire les crayons enchâssés en bois que nous appellons capucines, on réduit en poudre la molybdène, qu’on en fait une pâte avec de la colle légère de poisson, & qu’on en remplit des bâtons évidés auxquels on pratique une rainure que l’on bouche avec une petite tringle qui s’y enchâsse exactement. On ménage maintenant à ces crayons une coulisse qui procure la facilité de les porter dans la poche sans les renfermer dans en étui. On taille aussi la mine de plomb comme les crayons blancs, noirs ou rouges, & alors on les emploie à l’aide du porte-crayon. La meilleure mine de plomb ou molybdène vient du comté de Cumberland, en Angleterre. Cette mine est à peu de distance de Carlisle, & est unique en son espèce, ou du moins, on n’en connoît pas d’autre jusqu’à-présent qui puisse lui être comparée. Il est défendu d’en exporter la molibdène avant qu’elle soit employée en crayons. Notre mine de plomb commune se tire de la Hesse & de la Finlande. On en trouve quelquefois dans les mines de plomb & d’étain.

Indépendamment des crayons dont nous venons de parler, on en fait d’un grand nombre de couleurs & de teintes différentes pour peindre au pastel. Voyez l’article PASTEL.

CRAYON. Dessin au crayon. On commence ordinairement par faire dessiner les jeunes élèves au crayon rouge ou de sanguine, sur papier blanc. Comme ce crayon, quand on l’efface, répand sur le papier une teinte jaune & une espèce de graisse, on leur fait chercher le trait avec du charbon de fusain. Quand ce trait est arrêté, on l’efface avec de la mie de pain rassis, assez légèrement pour qu’on puisse encore le distinguer. L’élève reprend ce trait à la sanguine. Il ébauche ensuite les masses de son dessin, sans établir aucun travail sur le voisinage des lumières, & enfin il le termine. On doit l’accoutumer à tailler fort rarement son crayon. Un crayon dont la pointe est fine, produit des hachures maigres : mais lorsque la pointe en est arrondie, il forme un grené moëlleux, & en terminant, toujours avec un gros crayon, on donne à ce grené plus de fermeté en le couvrant de hachures larges. Par un dernier travail, on frappe des touches larges & moëlleuses qui assurent l’effet du dessin. Dans cette manière de dessiner, c’est le papier qui fait les lumières.


La pratique du dessin au crayon noir, sur papier blanc, n’est pas différente.

On se sert aussi sur papier blanc de crayon de mine de plomb. La manœuvre est la même que pour les crayons rouge ou noir : elle ne diffère que par la proportion ; car on ne fait guère à la mine de plomb que des dessins en petit.

Si l’on dessine sur du papier de demi-teintes, c’est-à-dire sur du papier gris, bleu, &c., la pratique est la même quant aux ombres : mais il faut avoir recours à un second crayon, c’est-à-dire au crayon blanc, pour les lumières. On ne charge de crayon blanc que les rehauts, c’est-à-dire les endroits frappés de la lumière la plus brillante ; on ménage le crayon blanc pour gagner les demi-teintes qui elles-mêmes sont toutes faites par la couleur du papier. Comme les rehauts sont les touches des lumières, il faut les réserver, ainsi que les touches d’ombre, pour le dernier travail. Ces dessins se nomment aux deux crayons. On y emploie le plus souvent le crayon noir ; ceux au crayon de sanguine ont beaucoup de douceur, mais moins d’effet, & ils exigent un papier d’une demi-teinte plus foible.

On appelle dessins aux trois crayons ceux dans lesquels on emploie les crayons noir, rouge & blanc. Le blanc s’emploie comme dans la manière de dessiner dont nous venons de parler. Le mêlange des crayons rouge & noir dépend de goût & de l’intelligence. Le crayon noir joue le premier rôle dans les plus fortes ombres. Ces dessins, quand ils sont bien faits, approchent déjà de la peinture à quelques égards, puisque les trois crayons, bien conduits, produisent des variétés de teintes. Ils s’en rapprochent encore davantage, quand on y joint des crayons de pastel. On n’emploie guère ce dernier mêlange pour les dessins d’étude : on le réserve pour des ouvrages qui ont la prétention de plaire par cette sorte de coloris bâtard.

Souvent on se sert de l’estompe pour étendre le crayon. Voyez l’article ESTOMPE.

CREUSER, (v. act.) Creuser une taille, c’est, dans la gravure au burin, la rentrer pour qu’elle soit plus profonde.

Mais quand il est question de la gravure en bois, c’est ajuster le bois pour y graver ensuite les lointains & portées éclairées ; manière pratiquée pour la première fois en 1725 par M. Papillon, & perfectionnée depuis. Elle consiste, 1.˚ à creuseravec la gouge ces endroits peu-à-peu, artistement & assez pour que les balles, en touchant la planche, n’y mettent point trop d’encre, & que le papier, posé dessus au moment de l’impression, n’y atteignant que légèrement, ces parties ne viennent pas trop dures & trop noires, & ne soient pas d’une force égale à celles qui forment les grandes

Beaux-Arts. Tome II. M m m