Page:Encyclopédie méthodique - Physique, T1.djvu/672

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


élevées, on a dit que les vignes & les oliviers avoient été brûlés.

Cette exhalaiſon n’a pu venir des tremblemens de terre, ſans contenir des parties minérales ignées, inflammables, & électriques : par-là, M. l’abbé Toaldo explique une prodigieuſe quantité d’orages qu’il y eut, ſur tout après le milieu du mois, & même ſans nuage, comme on l’a obſervé, ſur les montagnes. Ces orages furent très-conſidérables & très-multipliés en beaucoup d’endroits, particulièrement en Italie & en Allemagne : par exemple, dans la ville de Kremnitz, en Hongrie, il y eut neuf coups de tonnerre, qui produiſirent un incendie, & il y eut des tremblemens de terre dans le pays ; en Calabre, toutes les grandes ſecouſſes ont été accompagnées de terribles orages, & de vapeurs sèches, obſcures, & ſemblables à celle qui a couvert toute l’Europe. Oſſervazioni meteorolog., &c.

M. l’abbé Spallanzani, qui a fait auſſi à Reggio pluſieurs obſervations ſur le même brouillard, lequel commença, dès le milieu de juin, d’obſcurcir l’air en Lombardie ; & ſur l’orage du 26 juin, qui s’étendit juſqu’à la mer Adriatique, M. l’abbé Spallanzani n’eſt pas éloigné de croire, avec M. Toaldo, que ce brouillard venoit du tremblement de terre de la Calabre. Cependant il obſerve que le vent venoit du couchant, lorſque le brouillard étoit le plus épais dans la Lombardie. Il a examiné au microſcope les molécules de cette vapeur, et leur a trouvé la figure irrégulière des exhalaiſons terreſtres, & il l’a vue même quelquefois ſortir de la terre ; ce qui ſemble à M. de Lalande juſtifier l’hypothèſe qu’il propoſa dès 1784, pour l’explication de ce phénomène ſingulier, tirée de la grande chaleur qui ſuivit de près des pluies très-longues & très-étendues dans preſque toute l’Europe. On ſait que cet habile aſtronome a attribué ces brouillards à la grande humidité de l’hiver, & à la quantité de matière électrique que la chaleur a développée du ſein de la terre, ſans avoir recours à l’effet des tremblemens de terre.

M. Joſeph Daquin penſe auſſi que le tremblement de terre de Meſſine & de la Calabre a été la cauſe du brouillard extraordinaire de 1783. Cet excellent médecin, qui a enrichi de pluſieurs notes ſavantes l’Eſſai météréologique de M. l’abbé Toaldo, croit que les exhalaiſons, ſorties du ſein de la terre dans un bouleverſement ſi terrible, ont changé la conſtitution de l’atmoſphère, par le mélange des diverſes ſubſtances qui s’y ſont introduites. D’après cette idée, il regarde ces brouillards comme la principale cauſe des fièvres intermittentes, & continues remittentes bilieuſes qui ont régné épidémiquement dans pluſieurs endroits pendant le courant de l’été & de l’automne de la même année. Eſſai météorolog. ſur la véritable influence, &c.

Les brouillards dont nous parlons, ſelon le P. Cotte, ne ſont qu’une ſuite naturelle de la grande humidité qui a occaſionné le tremblement de terre de Meſſine, & de la ſecouſſe qu’a reçu le globe, & qui s’eſt manifeſtée par les phénomènes qu’on a obſervés en différens pays. Je m’explique ; c’eſt ce ſavant qui parle : j’ai dit que nous avions eu des brouillards humides & froids du 18 au 24 juin, & des brouillards ſecs & chauds du 24 juin au 21 Juillet. Je ferai obſerver que le ſoleil étant à cette époque à ſa plus grande hauteur, il avoit auſſi plus de force pour pomper les vapeurs dont la terre étoit imbibée à la ſuite des pluies & des inondations de l’hiver & du printemps. Cette première action ou évaporation du ſoleil a dû refroidir l’atmoſphère, par la quantité des vapeurs aqueuſes qui s’y ſont élevées, de la même manière qu’il agit entre les tropiques dans le temps où il eſt le plus vertical : il ſe forme alors une eſpèce de brouillard, ou de rideau de vapeurs, qui dérobe le ſoleil à la vue des habitans, & qui tempère beaucoup ſa grande ardeur. Cette première action du ſoleil a dû auſſi deſſécher la terre, y occaſionner des fentes, des gerçures, qui ont laiſſé échapper des exhalaiſons ſulfureuſes & pyriteuſes, la matière électrique miſe en mouvement par les violentes ſecouſſes que la terre avoit éprouvées. De-là, continue le P. Cotte, ces brouillards ſecs & chauds qui ont ſuccédé aux brouillards froids & humides ; de-là cette eſpèce de fumée, compoſée d’exhalaiſons & du fluide électrique, qui ont occaſionné des orages dans preſque toute l’Europe, & même des tremblemens de terre dans les pays voiſins des montagnes, qui ſont comme le foyer de ces exhalaiſons, & de la matière électrique, attendu la quantité de minéraux & de pyrites qui s’y trouvent renfermés ; de-là auſſi cette chaleur exceſſive, qui a été la ſuite de ces brouillards ſecs & électriques ; de-là cette couleur rouge du ſoleil, & l’augmentation apparente de ſon diſque, aperçu à travers un milieu beaucoup plus denſe qu’à l’ordinaire, & qui réfractoit ſes rayons, & ne laiſſoit paſſer que les rouges.

M. Maret penſe que ce brouillard devoit ſon origine à l’humidité de la terre, couverte d’une croûte très-sèche ; que l’air, lors de ſon exiſtence, étoit ſi ſec, qu’il étoit devenu iſolant, & non conducteur de la matière électrique, & que l’intenſité de la chaleur avoit multiplié les émanations terreſtres. Celles-ci, dit-il, principalement compoſées d’eau & de matière électrique, faiſoient effort pour s’élancer dans l’atmoſphère ; & gênée par la ſéchereſſe de la croûte extérieure, elles n’y pénétroient qu’extrêmement divisées, atténuées. Leurs molécules aqueuſes, très-raréfiées par la chaleur, combinées avec beaucoup de matière électrique, que l’air iſolant ne pouvoit pas leur enlever, formant des véſicules, & ayant acquis de la légèreté, s’élevoient à une hauteur moyenne dans l’air, où elles reſtoient ſuſpendues, troubloient la diaphanéité de