Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/24

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Je songeais aussi au dragon et je désirais savoir s’il était mort du coup. Le lendemain nous apprîmes qu’on l’avait porté à l’hôpital et qu’il en reviendrait.

Depuis ce jour jusqu’à la fin du mois de septembre, on chanta beaucoup de Te Deum à l’église, et l’on tirait chaque fois vingt et un coups de canon pour quelque nouvelle victoire. C’était presque toujours le matin ; M. Goulden aussitôt s’écriait :

« Hé, Joseph ! encore une bataille gagnée ! cinquante mille hommes à terre, vingt-cinq drapeaux, cent bouches à feu !… Tout va bien… tout va bien.-- Il ne reste maintenant qu’à faire une nouvelle levée pour remplacer ceux qui sont morts ! »

Il poussait ma porte, et je le voyais tout gris, tout chauve, en manches de chemise, le cou nu, qui se lavait la figure dans la cuvette.

« Est-ce que vous croyez, monsieur Goulden, lui disais-je dans un grand trouble, qu’on prendra les boiteux ?

— Non, non, faisait-il avec bonté, ne crains rien, mon enfant ; tu ne pourrais réellement pas servir. Nous arrangerons cela. Travaille seulement bien, et ne t’inquiète pas du reste. »

Il voyait mon inquiétude, et cela lui faisait de la peine. Je n’ai jamais rencontré d’homme meilleur.