Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/28

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tu serais forcé de travailler tous les jours jusqu’à minuit, il faut que tu l’aies. » M. Goulden, après sept heures, me laissait travailler pour mon compte. Nous avions de vieilles montres à nettoyer, à rajuster, à remonter. Cela donnait beaucoup de peine, et, quand j’avais fait un ouvrage pareil, le père Melchior me payait raisonnablement. Mais la petite montre valait trente-cinq francs. Qu’on s’imagine, d’après cela, les heures de nuit qu’il me fallut passer pour l’avoir. Je suis sûr que, si M. Goulden avait su que je la voulais, il m’en aurait fait cadeau lui-même ; mais je ne m’en serais pas seulement laissé rabattre un liard ; j’aurais regardé cela comme honteux ; je me disais : « Il faut que tu l’aies gagnée… que personne n’ait rien à réclamer dessus. » Seulement, de peur qu’un autre n’eût l’idée de l’acheter, je l’avais mise à part dans une boîte, en disant au père Melchior que je connaissais un acheteur pour cette montre.

Maintenant chacun doit comprendre que toutes ces histoires de guerre m’entraient par une oreille et me sortaient par l’autre. Je me figurais la joie de Catherine en travaillant ; durant cinq mois je n’eus que cela devant les yeux ; je me représentais sa mine lorsqu’elle recevrait mon cadeau, et je me demandais : «