Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/47

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En même temps il reprit son chemin en riant comme un ivrogne qu’il était, et moi, n’ayant presque plus la force de respirer, je gagnai la route, à l’entrée des glacis, remerciant le ciel d’avoir trouvé la petite allée si près de moi ; car ce Pinacle, bien connu pour tirer son couteau chaque fois qu’il se battait, aurait pu me donner un mauvais coup.

Malgré le mouvement que je venais de me donner, j’avais l’onglée sous mes grosses semelles, et je me remis à courir.

Cette nuit-là l’eau gela dans les citernes de Phalsbourg et le vin dans les caves, ce qui ne s’était pas vu depuis soixante ans.

À l’avancée, au premier pont et sous la porte d’Allemagne, le silence me parut encore plus grand que le matin ; la nuit lui donnait quelque chose de terrible. Quelques étoiles brillaient entre les grands nuages blancs qui se dépliaient au-dessus de la ville. Tout le long de la rue, je ne rencontrai pas une âme, et quand j’arrivai dans notre allée en bas, après avoir refermé la porte, il me semblait qu’il y faisait chaud ; pourtant, la petite rigole de la cour qui longe le mur était gelée. J’attendis une seconde pour reprendre haleine, puis je montai dans l’ombre, la main sur la rampe.

En ouvrant la chambre, la bonne chaleur du