Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/56

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d’en haut, le Bigelberg, et finalement je reconnus les Quatre-Vents sur la côte en face, et la maison de la tante Grédel. Justement la cheminée fumait comme un fil bleu qui monte au ciel. Et je revis la cuisine : je me représentai Catherine en sabots et en petite jupe de laine, filant au coin de l’âtre, en pensant à moi ! J’étais tellement attendri, que je ne sentais plus le froid ; je ne pouvais pas détacher mes yeux de cette cheminée.

Le père Brainstein, qui ne savait ce que je regardais, dit :

« Oui… oui, monsieur Joseph, maintenant, malgré la neige, tous les chemins sont couverts de monde ; la grande nouvelle s’est déjà répandue, et chacun arrive pour savoir au juste son malheur. »

Je vis qu’il avait raison : tous les chemins, tous les sentiers étaient couverts de gens qui venaient en ville ; et, regardant sur la place, j’aperçus la foule qui grossissait devant le corps de garde de la mairie et devant la poste aux lettres. On entendait comme de grandes rumeurs.

Enfin, après avoir regardé de nouveau la maison de Catherine, il fallut bien descendre, et nous nous mîmes à tourner dans l’escalier sombre, comme dans un puits. Une fois dans l’