Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/65

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les autres se faisaient des signes, hochant la tête comme pour dire :

« Ça va mal. »

Je me dépêchai de régler l’horloge et de m’en aller, car, de voir ce pauvre vieux dans une telle désolation, cela me déchirait le cœur.

En rentrant chez nous, je trouvai M. Goulden à son établi.

« Te voilà, Joseph, dit-il ; eh bien ?

— Eh bien, monsieur Goulden, vous avez eu raison de rester : c’est terrible ! »

Et je lui racontai tout en détail.

« Oui, je savais cela, dit-il tristement, mais ce n’est que le commencement de plus grands malheurs : ces Prussiens, ces Autrichiens, ces Russes, ces Espagnols, et tous ces peuples que nous avons pillés depuis 1804, vont profiter de notre misère pour tomber sur nous. Puisque nous avons voulu leur donner des rois qu’ils ne connaissaient ni d’Eve ni d’Adam, et dont ils ne voulaient pas, ils vont nous en amener d’autres, avec des nobles et tout ce qui s’ensuit. De sorte qu’après nous être fait saigner aux quatre membres pour les frères de l’Empereur, nous allons perdre tout ce que nous avions gagné par la Révolution. Au lieu d’être les premiers, nous serons les derniers des derniers.