Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/88

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partir : l’amour de la gloire éclate dans ses yeux. »

Et me posant la main sur l’épaule :

« C’est bien, Joseph, fit-il, je te prédis qu’à la fin de la campagne, tu seras caporal.

— Mais je suis boiteux ! m’écriai-je indigné.

— Boiteux ! dit Kelz en clignant de l’œil et souriant, boiteux ! C’est égal, avec une mine pareille on fait toujours son chemin. »

Il avait à peine fini son discours que la salle du conseil de révision s’ouvrit et que l’autre gendarme Werner, se penchant à la porte, cria d’une voix rude.

« Joseph Bertha ! »

J’entrai, boitant le plus que je pouvais, et Werner referma la porte. Les maires du canton étaient assis sur des chaises en demi-cercle, M. le sous-préfet et M. le maire de Phalsbourg au milieu, dans des fauteuils, et le secrétaire Freylig, à sa table. Un conscrit du Harberg se rhabillait ; le gendarme Descarmes l’aidait à mettre ses bretelles. Ce conscrit, avec ses grands cheveux bruns pendant sur les yeux, le cou nu et la bouche ouverte pour soupirer, avait l’air d’un homme qu’on va pendre. Deux médecins, M. le chirurgien-major de l’hôpital, avec un autre en uniforme causaient au milieu de la salle. Ils se retournèrent en me disant :