Page:Eugène Le Roy - Au pays des pierres, 1906.djvu/27

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puis Gaujac, le commis des droits réunis, qui « fréquentait » Fillette ; le docteur Miquel, l’ami de Toinette ; Gérard, le clerc de notaire, brouillé depuis quelque temps avec Virginie ; Noël Caraval, que cette grande folle appelait son beau-frère parce qu’il faisait l’amour à une de ses sœurs ; l’huissier Paulès, le promis de Marion ; Sully Viermont, le fils du notaire, qui aimait toutes les filles pourvu qu’elles fussent gentilles. Celui-ci avait un bras en écharpe, pour s’être démis un poignet en descendant un peu précipitamment, la nuit, de la fenêtre d’une fille surveillée par un père farouche. Enfin, il y avait encore Kérado, qui s’était mis un peu à l’écart pour penser à Reine plus à son aise.

Pendant que cette jeunesse échangeait des propos frivoles, les cloches furent mises en branle, épouvantant les passereaux nichés dans la vieille tour grise ; puis le portail s’ouvrit et laissa passer la procession. En tête marchait un vieux porte-croix en rochet de grosse toile, qui montrait des bas bleus et des souliers ferrés sous sa soutanelle trop courte. Puis, suivaient les petites droles des Sœurs, en robe blanche, avec des pantalons de calicot qui leur descendaient chastement jusqu’aux chevilles. Ensuite venaient les enfants de l’école chrétienne, conduits par deux Frères en manteau dont les manches ballantes les faisaient ressembler à des manchots. Les femmes et les filles de toutes conditions suivaient lentement, au hasard de la sortie : bourgeoises cossues en bonnet à rubans et à fleurs ; artisanes en foulard de soie