Page:Eugène Le Roy - Au pays des pierres, 1906.djvu/73

La bibliothèque libre.
Cette page a été validée par deux contributeurs.

— Adieu, mon doux ami ! je savais que mon bonheur n’était pas éternel, mais je pensais qu’il durerait plus de huit mois !

— Mon ange ! ma Reine adorée ! espère ! Peut-être, avant peu, pourrai-je te donner une bonne nouvelle !

Elle hocha tristement la tête :

— Yves ! tu sais si je t’aime ! Te retrouver serait le bonheur ! Mais pourtant, souviens-toi que je ne veux pas que plus tard tu regrettes de m’avoir connue !

Et elle s’en alla.

Le jour commençait à poindre. En rentrant, Maurette vit le Tétard derrière sa fenêtre, mais en ce moment que lui importait ! Elle se mit au lit et s’enfouit sous les couvertures.

Sa mère, ne la voyant pas descendre à l’heure habituelle, vint à sa chambre et la crut malade en la voyant pâle, les yeux morts, l’air abattu.

— Pauvrette ! dit-elle en embrassant tendrement son enfant chérie, qu’as-tu donc ?

— Ce n’est rien, mère… ce tantôt je me lèverai.

Lorsque Maurette descendit dans l’après-dînée, elle trouva son père au coin du feu, grelottant la fièvre. Après l’avoir embrassé, elle fut à la fenêtre. C’était un mauvais jour d’hiver, sombre, triste ; temps de gel, avec des restes de neige sur les tuilées des maisons. Dans la rue déserte, les pavés de silex rouge luisaient, et au milieu, la rigole centrale la partageait par une ligne festonnée, blanche de glace. En face, sur le faîteau de la fenêtre mansardée du