Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/115

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Et les chevaux repartirent, démarrant avec effort leur lourde charge.

Nous refîmes à rebours le chemin que nous avions fait quelques jours auparavant pour aller à Périgueux ; bien reposés, grâce à ce brave garçon de roulier, nous marchions d’un bon pas, mesuré tout de même sur mes petites jambes. Sur son épaule, ma mère portait, percée avec son bâton, une tourte de cinq livres qu’elle avait achetée à Périgueux avant de partir. Au Lac-Gendre, les métayers, qui nous avaient vus à l’aller nous demandèrent comment ça s’était passé, et, sur la réponse de ma mère, la femme s’écria :

— Sainte bonne Vierge ! c’est-il possible !

Puis elle nous convia à entrer, disant que nous mangerions la soupe avec eux ; mais, pour dire le vrai, je crois que ça n’était pas une invitation bien franche, car elle n’insista guère, lorsque ma mère s’excusa, disant que nous n’avions que juste le temps d’arriver avant la nuit. Ayant échangé nos : « À Dieu sois », les quittant, nous entrâmes en pleine forêt.

Le soleil éclairait encore un peu la cime des grands arbres, mais l’ombre se faisait sous les taillis épais, et au loin, dans les fonds, une petite brume flottait légère. La fraîcheur du soir commençait à tomber ; de tous côtés advolaient vers la forêt les pies venant de picorer aux champs, et, dans les baliveaux où elles se venaient enjucher, elles jacassaient le diable avant de s’endormir, comme c’est leur coutume.