Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/142

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à la veille de la Saint-Jean. C’est la coutume dans nos pays que, ce jour-là, on allume un feu sur les cafourches ou carrefours, auprès des villages et des maisons écartées. Dans les bourgs on en dresse un beau, recouvert de verdure et de feuillage, avec, à la cime, un bouquet de lis, de roses et d’herbes de la Saint-Jean, qu’on s’arrache après. Comme autrefois le druide célébrant la fête du solstice, à la tombée de la nuit, le curé vient bénir le feu en cérémonie : ainsi faisait celui de Fanlac, de qui j’ai appris cela. Lorsque le feu tire à sa fin, ceux qui n’ont pu attraper le bouquet emportent des charbons pour garder la maison du tonnerre, après avoir sauté le brasier pour se préserver des clous.

Au temps que nous demeurions à Combenègre, d’où l’on voyait au loin s’étager les coteaux et les puys, j’aimais à regarder, ce soir-là, ces milliers de feux qui brillaient dans l’ombre, sur une immense étendue de pays, jusqu’à l’extrémité de l’horizon, où le vacillement incertain de la flamme se percevait à peine, comme une étoile perdue dans les profondeurs du ciel. Sur les cimes, les feux, tirant à leur fin, quelquefois s’obscurcissaient un instant, puis, ravivés par l’air, jetaient encore quelques clartés pour finir par s’éteindre, alors que d’autres, dans la vigueur de leur première flambée, montaient dans le ciel noir comme des langues de feu.

De la tuilière, au milieu des bois, on ne pouvait pas apercevoir tous ces feux, mais je ne