Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/191

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en chaire Jésus-Christ crucifié et ne parlaient que du « législateur des chrétiens ».

— Oh ! fit le curé, je vous les passe volontiers… De tout ceci, ajouta-t-il, on pourrait conclure que la Révolution n’a pas été inutile, car assurément le clergé de notre temps vaut mieux que l’ancien.

— Oui, dit le chevalier, et la noblesse aussi. La correction a peut-être été un peu rude, mais c’est Dieu qui tenait la verge, et il est le seul bon juge de ce que nous avions mérité tous.

Moi, j’écoutais cette conversation sans en perdre un mot. Ça n’était pas bien, j’en conviens, mais la tentation était trop forte. Je fus tout content de savoir que les Nansac n’étaient pas des nobles de la bonne espèce ; et, de vrai, lorsque je les comparais au chevalier et à sa sœur, qui étaient la fine fleur des braves gens, bons comme du pain de chanoine, honnêtes comme il n’est pas possible, je ne pouvais pas m’empêcher de croire qu’il y avait deux races de nobles, les uns bons, les autres méchants. C’était une idée d’enfant ; depuis, j’ai vu que là c’était mélangé, comme partout.


Quelque temps après cet entretien, le curé me dit :

— Jacquou, maintenant il te faut songer à prendre un état. Voyons, que préfères-tu ? Veux-tu être tisserand ? sabotier ? maréchal ? veux-tu te mettre en apprentissage avec Virelou le tail-