Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/248

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Le lendemain après le déjeuner, le curé Bonal prit son bâton et, accompagné de ses hôtes, s’achemina vers La Granval. Tous trois marchaient lentement comme pour retarder le moment de la séparation, échangeant de temps en temps quelques paroles. Arrivés à la cafourche où une croix de pierre est plantée depuis les temps anciens, le curé s’arrêta et ils se firent leurs derniers adieux. Le chevalier, moins résigné que ses compagnons, récriminait contre la décision de l’évêque, ce pendant que la demoiselle Hermine, ayant tiré son mouchoir, s’essuyait les yeux, et que le curé regardait la terre en tapant de petits coups de son bâton.

— Mes amis, dit-il en relevant la tête, nous ne serions pas de bons chrétiens si nous ne savions pas supporter l’injustice. Ce saint emblème, ajouta-t-il en montrant la croix, nous enseigne la résignation : que la volonté de Dieu soit faite !

Et, s’étant fraternellement embrassés, le curé commença à descendre la combe raide. Les pierres du chemin roulaient sous ses pieds et il s’appuyait sur son bâton pour se retenir. Peu à peu sa haute taille diminuait dans le lointain et enfin il disparut dans les fonds boisés. Alors le chevalier et sa sœur, qui l’avaient suivi des yeux, rentrèrent tristement chez eux.


Sur les cinq heures du soir, le curé arriva à La Granval, où, aidé de la Fantille, j’avais mis