Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/255

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Bonal rabattait le tout, vous auriez bien le droit d’en rabattre la moitié ?

Cette raison mit le curé de mauvaise humeur.

— Je ne sais pas comment agissait mon prédécesseur, répliqua-t-il sèchement, mais c’est comme je vous ai dit : à prendre ou à laisser.

Enfin, après avoir bien débattu, avoir apporté de part et d’autre toutes les raisons d’usage entre gens qui font un marché ; après être sortis pour se consulter, les autres rentrèrent et acceptèrent, moyennant que le curé leur couperait quarante sous sur son prix, ce à quoi il consentit. Seulement, et c’est là que l’affaire se gâta, il leur dit qu’il fallait le payer comptant, car il avait perdu beaucoup d’argent dans son ancienne paroisse, parce que souvent, les honneurs rendus, le mort enterré, les héritiers se faisaient tirer l’oreille pour payer ; tellement qu’il y en avait qu’il fallait assigner devant le juge de paix et faire condamner.

« Foutre ! pensaient les parents du défunt, il n’est pas cassé, ce curé-là ! »

S’ils avaient eu l’argent, quoique pas contents, ils l’auraient donné, tenant beaucoup, comme tous les paysans, à ce que le curé fît les honneurs à leur vieux ; mais ils ne l’avaient pas. Force leur fut donc de s’en retourner en disant au curé que, les choses étant ainsi, ils étaient obligés de se passer du service mortuaire.

Mais, quelques heures après, une dizaine de jeunes gens vinrent pour sonner le glas, et trouvant les cordes remontées et la porte intérieure