Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/269

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ci-devant curé Bonal, lui, faisait tout son possible pour m’aider, soignant les bœufs, gardant les brebis, s’apprenant aux ouvrages de terre et ne s’épargnant pas la peine.

À propos de brebis, ça me faisait dépit de le voir aller toucher les quinze ou vingt que nous avions, et faire l’office d’une simple bergerette : je le lui dis un jour.

— Et pourquoi ? fit-il presque gaiement, c’est mon métier ! — faisant allusion, comme je pense, à son ancien état de curé.

Il avait absolument voulu apprendre à labourer et il y était arrivé assez vite. Quelquefois, lorsqu’il avait fait passablement quelques sillons, afin de le distraire un peu, sans manquer au respect qui lui était dû, je lui disais :

— C’est bien ouvré ! on dirait que vous n’avez jamais fait que ça !

— Jacquou, mon garçon, tu es un flatteur !

Et il ajoutait :

— Quand on fait tout ce qu’on peut, on fait tout ce qu’on doit.

Lorsque je le voyais s’attraper à quelque chose d’un peu pénible, je lui disais :

— Laissez ça, allez, c’est trop dur pour vous qui ne l’avez pas d’habitude.

Mais il me répondait qu’il était solide encore et que le travail lui faisait du bien, lui rendait la paix de l’âme.

— Vois-tu, Jacquou, disait-il, l’homme est né pour travailler, c’est une loi de nature ; et,