Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/326

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marchais, mon fusil sous le bras, jetant un coup d’œil à droite et à gauche pour me garder, plutôt par l’habitude que j’en avais, que par une crainte de danger prochain, car on n’y voyait point à deux pas. Tout en cheminant, je songeais encore à Lina et j’étais travaillé de tristes pensées, comme il est bien naturel d’après ce que je savais de chez elle. Je me dépêchais, car il commençait à bruiner, suivant un sentier qui coupait un fourré où il me fallait passer pour retourner aux Maurezies, lorsque, arrivé vers le milieu, je m’entrave les pieds dans une corde tendue à travers le sentier ; et comme je marchais vite, je tombe tout à plat et mon fusil avec moi. Je n’étais pas à terre, que des gens se jettent sur moi, me bâillonnent au moyen d’un mouchoir, m’entortillent la tête dans un sac, me lient les mains derrière le dos, puis les jambes, me prennent mon couteau, m’attachent en travers sur un cheval et me voici enlevé.

De doute, je n’en avais aucun. Quoique je n’eusse pas ouï un mot, j’avais la certitude que c’était un coup du comte de Nansac, et je me demandais ce qu’il allait faire de moi : allait-il me jeter dans l’abîme du Gour ? Un moment, je le crus, mais, à la direction que nous prîmes bientôt, je vis que non. Ayant marché une heure à peu près, je connus au pas résonnant du cheval que nous passions sur un pont : « C’est le pont des fossés du château », me dis-je en moi-même. Un instant après, le cheval s’arrêta, et