Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/329

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que je connus en trouvant sous mes pieds les bouts de corde, je compris que j’étais dans le plus bas d’une des tours de l’Herm. Après avoir tourné en rasant la muraille, je me hasardai à traverser ma prison en marchant à quatre pattes, tâtonnant avec mes mains étendues toujours, de crainte de choir dans quelque puits. Enfin, m’étant traîné dans tous les sens, je fus rassuré à cet égard, et je restai avec l’horrible certitude que j’étais destiné à pourrir au fond de ce cul de basse-fosse. Pourrir est bien le mot, car l’humidité suintait des murailles, ce qui me prouva que j’étais au-dessous du niveau des fossés du château.

Il y avait longtemps que je n’avais mangé, au moins vingt-quatre heures à en juger par des tiraillements d’estomac qui me fatiguaient beaucoup : dans la nuit profonde où j’étais, je n’avais que ce moyen de mesurer le temps. Accablé, je m’assis à terre, adossé à la muraille, et je songeai à tous ceux que j’affectionnais, et surtout à ma chère Lina que j’abandonnais sans défense aux persécutions de sa gueuse de mère et aux entreprises de cette canaille de Guilhem. Cette idée me crevait le cœur et me faisait souffrir plus que la faim ; mais bientôt j’en fus distrait par ma propre situation. J’attendais là, quoi ? une mort lente, affreuse, dont la pensée me donnait le frisson. D’espérance, je n’en avais guère : je me disais bien que, ne me voyant pas revenir, Jean serait allé chez le maire, aurait