Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/331

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centes ou rougeâtres comme des reflets d’un énorme incendie. J’étais fatigué d’être assis, et cependant je n’osais me coucher, car mon imagination enfiévrée par la privation de sommeil et de nourriture me faisait redouter de m’endormir pour toujours. Et alors, malgré ma faiblesse, je rampai à tâtons sur le sol humide, j’essayai de le creuser avec mes mains, je m’épuisai à agrandir des trous que je trouvai, semblables à des trous de taupe, et enfin je m’arrêtai à bout de forces, haletant, étendu sur la terre. Longtemps après, je recommençai à explorer mon tombeau, cherchant machinalement une issue, contre tout espoir. Tandis que je me traînais ainsi à quatre pattes, je m’en vais poser les mains sur quelque chose qui me parut d’abord être un petit tas de menus morceaux de bois mort ; mais tout à coup, ayant palpé plus attentivement, l’horrible vérité m’apparut : c’était les débris d’un squelette qui, pourris par le temps, s’écrasaient sous mes mains.

À ce moment, je sentis la désespérance m’envahir et je me laissai aller à terre accablé, près de ces restes humains enfouis dans ce lieu depuis de longues années. Mais tandis que j’étais là gisant, voici qu’en haut des pas lourds résonnent sur la voûte. Je me relève et j’écoute : un bourdonnement à peine sensible, comme celui de gens qui parlent au loin, arrivait jusqu’au fond de la basse-fosse, coupé par des pas sourds et lents.

Ce sont les gendarmes qui font une perquisi-