Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/351

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— Partons, et ne faisons pas de bruit.

Au moment de me mettre en route, je sentis quelqu’un qui me prenait le bras et je me retournai :

— Ah ! mon pauvre Jean, je vous avais bien dit de rester tranquille dans votre lit et de laisser faire les jeunes !

— Donne-moi le fusil, me répondit-il : il ne ferait que te gêner pour commander tout. Moi, j’ai bon œil encore, j’aviserai aux meurtrières : laisse-moi faire, j’ai plaisir de voir forcer ce loup dans son repaire.

— Comme vous voudrez, donc !

Et lui donnant le fusil, nous partîmes.

Nous marchions en silence. On n’oyait que le bruit sourd d’une troupe foulant la terre, et le froissement des branches, lorsque nous traversions les taillis. Une fois sur le grand chemin qui vient de Thenon et passe contre l’Herm, nous fîmes plus doucement encore, et, à mesure que nous approchions, chacun prenait plus de précautions. Les femmes même, quoique babillardes, ne disaient mot. À deux cents pas avant de sortir de la forêt qui venait jusqu’au village, ceux qui devaient porter le chevron, ayant arrangé leurs mouchoirs, se mirent ensemble. Ceux qui devaient écheler le château en firent autant, et tout le monde se remit en marche.

Les chiens des villages de Prisse et de l’Herm avaient été enfermés dans les étables ou les maisons, de manière que leurs abois ne firent