Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/361

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sobriquet de Croquant ! Mon grand-père brûla Reignac, comme je viens de le dire ; moi, j’ai commencé, il y a treize ans, en brûlant la forêt de l’Herm, et, aujourd’hui, je vais faire flamber le château !

— C’est ça ! c’est ça !

— Allons, empilez des fagots partout, dans la cuisine, dans les salles du bas ; montez de la cave les barriques d’eau-de-vie, l’huile du bac, et nous allons voir un beau feu de joie !

Tandis que les gens couraient à l’ouvrage, la chambrière sortit du château et vint vers moi :

— Mademoiselle ne veut pas descendre.

— J’y vais, répondis-je, venez me montrer où elle est.

Arrivés en haut, je vis la jeune fille habillée, et assise dans un coin de la chambre.

— Il faut descendre, lui dis-je : nous allons brûler le château.

Elle me regarda durement, sans répondre.

— Si vous ne venez pas de bon gré, vous viendrez de force.

Et je m’avançai vers elle.

À ce moment, elle leva un petit poignard sur moi et essaya de me frapper ; mais je lui attrapai le poignet à la volée et je la désarmai.

— Quoique vous me le donniez un peu par force, je le garde pour le moment ! dis-je en mettant le poignard dans la poche de ma veste.

Et, en même temps, la saisissant à bras-le-corps, je l’emportai, nonobstant sa résistance.