Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/389

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Mais ce qui me faisait le mieux venir des gens, c’était d’avoir pris leur défense, de les avoir débarrassés du comte et d’avoir aboli ce repaire de chenapans. Maintenant ils étaient tranquilles, ne craignaient plus de voir fouler leurs blés sous les pieds des chevaux, ou manger leurs raisins mûrs par les chiens courants. Ils s’en allaient par les chemins, sûrs désormais de ne pas être cinglés d’un coup de fouet pour ne s’être pas assez tôt garés, et ils allaient aux foires et dans les terres, certains qu’en leur absence leurs femmes ou leurs filles ne seraient pas houspillées par une jeunesse insolente.

Car, depuis l’incendie du château, le comte était parti, et aussi tous les siens. Lui, on ne savait trop où il était passé. La plus âgée de ses filles avait suivi, comme gouvernante, le chapelain dom Enjalbert, qui avait été nommé curé du côté de Carlux ; la seconde était placée comme demoiselle de compagnie dans une grande famille où elle ne tarda pas à mettre le désordre ; la troisième, la plus délurée de toutes, avait été rejoindre à Paris sa sœur aînée qui depuis longtemps avait mal tourné. Quant à la plus jeune, à celle que j’avais emportée hors du château lors de l’incendie, elle s’était établie pas bien loin de l’Herm dans un petit domaine qui était un bien dotal de sa défunte mère, et que, pour cette raison, les créanciers n’avaient pu faire vendre comme le reste de la terre. Elle vivait là, chez la métayère, qui