Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/392

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C’est, à mon avis, un des grands inconvénients de l’extrême pauvreté que d’étouffer ainsi les sentiments naturels entre parents. Celui qui, sans être riche, n’est pas pressé par le besoin, peut sans trop de peine faire passer l’affection pour la parentelle avant l’avantage d’hériter. Mais les pauvres diables qui, comme ce neveu de Jean, se galèrent toute l’année et peuvent à peine entretenir le pain à leurs petits droles, il est malaisé que le plaisir de les voir un peu sortir de la misère ne leur fasse pas oublier la mort des parents.

C’est une des choses qu’on reproche le plus à nous autres paysans ; mais on voit tous les jours les messieurs qui ne manquent de rien en faire tout autant, en quoi ils sont beaucoup moins excusables.

Pour moi, je regrettai bien le vieux Jean qui avait été bon à mon égard, et j’aidai à le porter au cimetière ; puis après, je me disposai à déloger.

En rassemblant mes quelques hardes, je trouvai le petit poignard de la Galiote, et ça me remémora les choses que j’avais un peu oubliées tandis que Jean était malade. Je fus au moment de le jeter au diable, mais tout de même je le mis au fond de mon havresac.

Mon paquet ne fut pas long à faire. J’avais deux chemises, dont l’une sur la peau, un pantalon, une mauvaise veste, une blouse, une casquette de peau de renard, une paire de souliers