Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/405

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jaune de Saint-Roch à la subtile odeur. Je me promenai un moment, la tête nue, aspirant avec avidité l’air pur et frais, et roulant dans ma tête des pensées contradictoires comme les sentiments qui m’agitaient. L’Ave Maria sonnait au clocher de Fossemagne, et les vibrations sonores s’épandaient dans le crépuscule avec une mélancolique harmonie. Peu à peu je sentais descendre sur moi les impressions apaisantes de la chute du jour, et bientôt la fraîcheur qui m’enveloppait acheva de me calmer, et je revins à la maison.

Devant le foyer, qui brillait seul au fond de la masure, la Galiote était debout.

— Il est tard ? demanda-t-elle.

— La nuit vient, lui répondis-je.

— Alors, je vais partir, fit-elle en prenant son fusil.

— Je vais vous mettre dans votre chemin : vous vous perdriez dans ces bois.

Et je sortis après elle.

Nous cheminions en silence, moi, pensant à cette belle créature, non plus avec les ardentes convoitises de tout à l’heure, mais avec la résolution virile de me souvenir qu’il y avait entre nous des choses inoubliables ; elle, songeant à je ne sais quoi. Après une demi-heure de marche, ayant trouvé la grande voie mal famée d’Angoulême à Sarlat, nous la suivîmes un moment, jusqu’au droit du village du Puy, après quoi, entrant dans les taillis, nous traversâmes la forêt de l’Herm. Nous passions par des sentiers étroits,