Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/430

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nous revînmes vers les Âges à travers les mauvais chemins de la forêt.

Lorsqu’elle entra dans la masure, et qu’elle vit la table de planches clouées sur des piquets, et l’espèce de grande caisse dans laquelle je couchais sur de la fougère, ma femme me regarda, les yeux pleins de compassion :

— Tu n’étais pas trop bien là, mon Jacquou !

— Bah ! lui répondis-je, je dormais tout de même.

Après avoir tout déchargé et monté le châlit, je m’en fus ramener le mulet et la charrette à l’homme de Fossemagne, tandis que ma femme mettait au feu la marmite, avec une poule qu’elle avait toute préparée.

Quand je revins, trois heures après, portant une demi-pinte de vin que j’avais prise à l’auberge, ma femme avait fini de tout arranger de son mieux. Ça n’était pas grand’chose qu’un lit et une table dans cette baraque, mais il me semblait qu’elle était changée du tout au tout. Le lit, avec des draps d’étoupe, avait remplacé ma caisse dans le coin, et au milieu, à la place des planches clouées, était la table. Le feu brillait clair dans l’âtre noir, et de la marmite s’échappait par jets une fumée qui sentait bon. Sur une touaille de toile grise, qui couvrait le bout de la table, étaient placés le chanteau et deux assiettes de terre brune.

Et ma femme allait, venait, rinçant deux gobelets verdâtres, essuyant deux cuillers, tâtant