Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/438

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et réduit à m’aider pour vivre de quelques petits ouvrages, c’était chose trop incertaine et ingrate, maintenant que j’étais en ménage, et que mieux vaudrait avoir un état, ou entreprendre un travail où ma petite capacité pourrait me servir plus profitablement que dans le métier de journalier. Comme je n’approuvais qu’à demi le proverbe que le chevalier disait parfois en riant :


Qui croit sa femme et son curé
Est en hasard d’être damné…


J’en causai donc à notre Bertrille, qui fut bien de mon avis.

Là-dessus, ayant ouï dire que le neveu de Jean cherchait quelqu’un pour l’aider, j’allai le trouver et nous fîmes nos conventions : me voilà devenu charbonnier.

Lorsqu’on a la raison et qu’on a bonne envie d’apprendre quelque chose, ça va vite : aussi mon apprentissage ne fut pas long. Il faut dire aussi que l’état n’est pas de ceux pour lesquels il faut une grande habileté de main : c’est surtout l’expérience qui fait le bon charbonnier, jointe à un savoir-faire qu’on attrape assez facilement avec un peu d’idée.

Au reste, il ne faut pas croire que l’état soit aussi désagréable qu’il est noir ; il ne faut pas se fier aux apparences. Ainsi beaucoup, sans doute, préféreraient le métier de boulanger comme plus propre que celui de charbonnier ; quelle différence, pourtant ! Être enfermé dans un fournil où