Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/444

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


autres en grondant, le poil hérissé, jaloux, comme font les chiens. Je les accordai tous d’un coup de fusil qui en laissa un sur place.

Les curieux diront peut-être : « Tout à l’heure, vous parliez de votre femme ; et que faisait-elle, tandis que vous étiez dans le bois à faire le charbon ? »

Eh bien, moi, je n’étais pas de ces tâte-poules qui ne peuvent pas quitter les cotillons de leur femme. Certainement je l’aimais bien, mais il n’est pas besoin pour montrer son affection, de se cajoler tout le temps : lorsqu’il le fallait donc, nous nous séparions sans grimaces. C’est bien vrai aussi, que je n’étais pas comme les chabretaïres ou ménétriers qui ne trouvent de pire maison que la leur, accoutumés qu’ils sont à faire noce partout où ils vont ; au contraire, je revenais toujours avec plaisir chez nous.

Mais dans les premiers temps, pendant que j’étais à mettre en charbon une coupe du côté du Lac-Viel, ma femme venait me trouver et restait avec moi deux ou trois jours, puis s’en retournait aux Âges voir si rien n’avait bougé, et revenait après, apportant du pain, ou ce qui faisait besoin. Dans la journée, elle m’aidait des fois à monter un fourneau, ou bien filait sa quenouille lorsqu’il était allumé. Et puis elle faisait la soupe et attisait le feu sous la marmite qui pendait entre trois piquets assemblés par la cime. Le soir venu, nous soupions aux clartés