Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/460

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criminelles du comte de Nansac : je n’ai donc pas de remords.

Dans le village et partout on en juge de même, sans doute, car les gens m’affectionnent et me respectent comme étant celui qui les a délivrés d’une tyrannie insupportable. Sans y penser, j’ai fait le bonheur du pays d’une autre manière : car, lorsque la terre du comte a été mise en vente au tribunal, la bande noire l’a achetée pour la revendre au détail. Alors les gens de l’Herm, de Prisse et des autres villages alentour, ont regardé dans les vieilles chausses cachées sous clef au fond des tirettes, et ont acquis terres, prés, bois, vignes, à leur convenance, payant partie comptant, partie à pactes. Ça a changé le pays du tout au tout. Ainsi, à l’Herm et à Prisse, il n’y avait autrefois que deux ou trois chétifs propriétaires ; tout le reste, c’étaient des métayers, des bordiers, des tierceurs, des journaliers, tous vivant misérablement, point libres, jamais sûrs du lendemain qui dépendait des caprices méchants du comte et de la coquinerie de Laborie et autres. Les fils et petits-fils de ces pauvres gens qui n’osaient pas tant seulement lever la tête, par manière de dire ; qui étaient épeurés comme des belettes, tant les avait écrasés cette famille maudite, sont maintenant de bons paysans, maîtres chez eux, qui ne craignent rien et ont conscience d’être des hommes. C’est là une conséquence qui n’est pas petite et d’où il faut conclure, que la grande propriété