Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/68

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ressortit pour aider l’homme à décharger le mobilier. Pour le faire plus aisément, lui se coula entre les bœufs et souleva le timon, tandis qu’elle ôtait la cheville de fer qui passait dans les rondelles, et appelait les bœufs. L’homme alors posa doucement le timon à terre et, sur ce timon ainsi incliné, aidé de ma mère, il fit glisser tout bellement le châlit, le cabinet et le reste. Moi, pendant ce temps, je portai la brassée de foin devant les bœufs. Lorsque tout fut placé dans la maison, ma mère tira d’un panier le chanteau plié dans une touaille, puis le posa sur la table avec la salière et un oignon qu’elle prit dans la tirette. Après ça, elle voulut remplir de piquette le pichet, mais le peu qui restait dans la barrique, à force d’avoir été secoué, était comme de la boue : elle sortit donc pour aller chercher de l’eau. Dans ce temps l’homme de la Mïon fit une frotte, et, assis sur le banc, mangeait lentement, coupant le pain à taillons et croquant l’oignon trempé dans le sel, à petites tranches.

Ayant achevé, il ferma son couteau, but la moitié d’un gobelet d’eau et se leva. Ma mère lui aida à atteler les bœufs ; il prit son aiguillon, répondit aux remerciements que ça n’était rien, nous donna le bonsoir, et, reprenant son chemin, traversa lentement la clairière et disparut dans les bois.

Lorsque nous fûmes seuls, ma mère me prit et m’embrassa longuement, me serrant par re-