Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/87

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l’affaire de mon père à Duclaud, et lui demanda ce qu’il en pensait.

— Que voulez-vous que je vous dise ? fit-il. Si les juges et les jurés étaient des gens pareils à moi, eux voyant comme cet homme a été poussé à bout par ce coquin de régisseur et les messieurs, il s’en tirerait avec un an de prison ou six mois. Mais, voyez-vous, ceux du jury, c’est des bourgeois, des riches, qui, encore qu’ils soient honnêtes, penchent plutôt pour ceux de leur bord. Pourtant, il y a des hommes justes partout, et il n’en faudrait qu’un ou deux pour entraîner les autres ; souvent ça arrive ainsi, il ne vous faut pas désespérer… Ah ! — ajouta-t-il, — que ceux-là mériteraient d’être punis, qui commandent des injustices et des méchancetés sans se donner garde des malheurs qui en peuvent advenir !

Le soir, après souper, Duclaud tira du fond de sa balle des petits paquets et diverses affaires qu’il mit dans une grande poche de dessous sa blouse et sortit. Depuis, je me suis pensé qu’il faisait peut-être bien quelque peu la contrebande de tabac et de poudre.

Le moment de se coucher venu, la vieille Minette dit que, réflexion faite, Duclaud devant coucher dans le fenil, ma mère et moi coucherions dans son lit, qui était assez large pour trois, surtout que je n’étais pas bien gros, ce qui fut fait. Sans doute, le colporteur rentra par la porte de l’en-bas, qui donnait dehors,