Page:Eugène Le Roy - Mademoiselle de la Ralphie, 1921.djvu/87

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V


L’expédient de Mme Boyssier n’eut pas tout le succès qu’elle en attendait. Sans doute, elle avait communié ; mais, pourquoi avait-elle quitté l’abbé Turnac ? Telle était la question que se posaient les bonnes commères de Fontagnac. L’abbé, vexé de cette espèce d’infidélité d’une pénitente bourgeoise, ne perdait pas une occasion d’en manifester hypocritement son étonnement. Son caractère de prêtre et la charité chrétienne lui interdisaient d’en rechercher les motifs ; mais il se pouvait que tous les fidèles n’eussent pas la même retenue. Et, en effet, les langues dévotes et autres s’agitaient fort dans la ville. Mme Laugerie, qui était un peu « braque », comme disait Mme Decoureau, ne manquait pas, selon l’occurrence, de faire des allusions transparentes à ce mince événement de confessionnal : en petit comité, elle s’exprimait même très carrément là-dessus. Les autres dames l’imitaient, avec plus de réserve, cependant, en sorte que dans les visites de premier de l’an que se rendaient ces dames, la conversation roulait à peu près exclusivement sur les amours de Mme Boyssier avec le clerc. « Où en est-elle avec ce garçon ? » disaient quelques-unes ; et les actes les plus indifférents étaient disséqués avec une patience d’entomologiste, et les commentaires abondaient sur la plus petite circonstance. Les plus indulgentes croyaient à une passion violente, pleine de péchés d’intentions, mais non pas à l’adultère : Mme Boys-