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LES BELLES-DE-NUIT.

chambre de taffetas nankin paraissait rondelette et potelée. De loin, un myope l’eût prise assurément pour une de ces jolies femmes arrivées à la trentaine, qui conservent des allures enfantines et mignardes, un peu au delà de l’âge convenable.

Mais de près l’aspect changeait notablement. Sa figure était comme sa voix, quelque chose de flétri et d’usé : une ruine à grand’peine replâtrée, et que toutes les réparations du monde ne pouvaient point empêcher d’être une ruine.

Non pas que madame Cocarde eût dépassé de beaucoup la trentaine. Ces femmes-là n’ont pas précisément d’âge. Parmi des signes d’une vieillesse précoce, elle gardait certains indices qui parlaient encore de jeunesse. Madame Cocarde avait probablement vécu à fond de train.

On se fait ainsi parfois une position bien honnête. Madame Cocarde avait l’estime de son quartier. Elle possédait des rentes ; elle était principale locataire des trois derniers étages de la maison où nous sommes. On ne faisait point de bruit chez elle. Et bien que certaines langues méchantes se permissent un narquois sourire en parlant du genre d’affaires auxquelles se livrait madame Cocarde, tout ce qui vendait vin, sucre, café, viande ou légumes dans la rue Sainte-Marguerite la déclarait une femme